Couleurs des mots


AVANT-PROPOS
La fenêtre d’un appartement tend sa toile à ce livre peint avec des mots. L’unique paysage maritime apparaît sous différentes lumières qu’offre le temps.

ENTRE CIEL ET TERRE

C’est un tableau naïf : ciel bleu, sol blanc, petites maisons aux couleurs vives. Le soleil crie ses rayons. Le vent est muet. L’air sent le parfum glacé des algues et de l’océan paré d’un bleu profond. Au port, les bateaux sont posés sur un miroir, leurs mâts hersent le fond et défient les cieux tranquilles.



JOUR DE PLUIE ET DE TEMPÊTE

L’océan bave, le ciel pleure, les vitres suent. Le phare a disparu. La lumière n’est plus. Le rouge est exsangue, le bleu a perdu sa royauté. Les mouettes sont clouées au sol. Un linceul tendu d’un bout à l’autre du ciel impose le deuil. Seul le vent fait croire à l’action : plaquant la pluie sur les vitres, agitant les branches des arbres faisant entendre son souffle. Le temps s’immobilise pour intensifier sa présence. Derrière la fenêtre, l’éclat de tes yeux crée l’espace des cieux, le battement paisible de ton cœur, le son de la terre. L’odeur du café et de pain grillé, le bien-être. Le tout, une vie simplement vivante.

La sérénité qu'il essaye de retrouver, tel un dessin tracé sur le sable mouillé s'évanouit au passage de chaque vague. L'isolement le vide et l'emplisse à la fois. Son esprit se dissout comme l'ordinaire morceau de sucre dans un café.

JOUR DE NEIGE

Le toit aspire goulûment les flocons de neige qui disparaissent à son contact. Le soir tombe, la surface  de l’eau apparaît luisante, le calme se répand. La girouette balance sa tête aux caresses du vent, guettant les bateaux qui rentrent au port. Le phare pulse sa lumière pour donner l’impression de vie sur la ville qui la perd.

LE TEMPS D’UNE VALSE

La délicate dentelle ciselée par des larmes de givre se grave sur la vitre. Pas d’horizon, la tempête est grave. Le toit peu incliné improvise une piste de danse. La neige prise en tourbillons fait apparaître une femme en robe blanche. Son voile tissé par le vent turbulent, ondule dans un mouvement de valse. Sa traîne glisse et s’envole vers les anges. Les invités : une girouette enjouée balance la tête pour marquer le rythme tandis que des cheminées rigides restent insensibles à la scène. Quelle est cette femme, qui le temps d’une valse, a perdu celui qu’elle a cru aimer ?

« Fenêtre sur cœur » ©Rémi Bailleul 
Tous droits réservés
 














 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire